Les dispositifs spécifiques de l’école rurale

Les dispositifs de « rupture d’isolement » des écoles rurales en France

Extrait de Alpe, Y. (2005). « Le système éducatif en milieu rural : trajectoires scolaires et contextes sociaux et territoriaux », Mémoire pour l’habilitation à diriger des recherches, Aix en Provence : Université de Provence.

Depuis une trentaine d’années se sont développées des expérimentations de toute nature, dont certaines ont abouti à la mise en place de dispositifs particuliers, caractéristiques du système éducatif en milieu rural et montagnard. Nous nous limiterons aux plus fréquents.

Les regroupements pédagogiques intercommunaux (RPI)

C’est la disparition accélérée des écoles à classe unique (leur nombre a été divisé par cinq entre 1960 et 2007) qui, dans la plupart des cas, a donné naissance aux RPI, qui existent sous deux formes.
Les RPI « éclatés » sont fondés sur un regroupement des divers cycles de l’école primaire dans des écoles communales différentes : la maternelle dans un village, les CP/CE dans un autre, les CM dans un troisième par exemple. Dans ce cas, le but poursuivi est double : d’une part, préserver la présence des écoles dans chaque village, et d’autre part constituer des cycles homogènes, pour réduire la multiplicité des niveaux dans la même classe, et pour constituer des groupes plus conséquents. Ce type de dispositif est très lourd à gérer, et très coûteux en moyens de transports. De plus, les élèves « déménagent » au fil de leur scolarité, ce qui n’est pas toujours facile pour eux.
Les RPI « concentrés », en rassemblant les élèves dans une seule école réduisent ces inconvénients, mais se traduisent par la disparition des plus petites écoles, ce qui n’est pas toujours très bien accepté par les élus locaux et les parents d’élèves. C’est pourtant ce modèle qui tend à se généraliser, pour des raisons évidentes de coût, mais aussi d’efficacité de gestion.

Dans les deux cas, ce sont des dispositifs particulièrement coûteux, qui se heurtent à tout un ensemble de difficultés : opposition des communes dont les écoles sont menacées de fermeture, protestations des parents d’élèves, nécessité de mettre en place des systèmes de transports et d’hébergement des élèves, etc. Malgré cela, en 2001 l’enseignement public comptait 3755 dispersés (desservant en moyenne 2,83 communes) et 1013 RPI concentrés (desservant en moyenne 3,43 communes). Ensemble, ils concernaient 8,6 % des classes et 8 % des élèves (Duhamel, Houchot, Moulin & Cuby, 2003).

Les « équipes mobiles académiques de liaison et d’animation » (EMALA)

La naissance des EMALA doit beaucoup à l’action de la DATAR, qui a souvent aidé financièrement à leur apparition. Dans ce dispositif, un enseignant doté d’un véhicule type minibus se déplace avec du matériel pédagogique dans un ensemble d’écoles. La plupart du temps appuyées sur les CDDP (Centres départementaux de documentation pédagogique), les EMALA constituent elles aussi un moyen de rupture d’isolement des enseignants ruraux, qui bénéficient à la fois des ressources apportées et de la présence du maître itinérant pour l’organisation de séquences pédagogiques, la tenue de réunions, etc.

Le dispositif « Ecole rurale et communication » (ERC)

Si les EMALA permettent de relier les maîtres, elles ne rompent que très partiellement l’isolement des élèves. Les ERC ont pour but de permettre à ceux-ci de se rencontrer périodiquement, très souvent avec l’aide de l’EMALA, pour l’organisation d’activités communes. Ils permettent ainsi aux élèves des très petites écoles de se retrouver de temps en temps dans des groupes de niveau homogènes (tous les CP ensemble…). Ce dispositif a tendance à se raréfier, car il suppose des financement spécifiques (qui dépendent la plupart du temps des Conseils Généraux) et des lieux d’accueil équipés, pouvant supporter les regroupements.

De nouvelles modalités ?

A côté de ces dispositifs déjà anciens, de nouvelles modalités d’intervention apparaissent aujourd’hui. Le développement des moyens de communication à distance, et particulièrement d’Internet, change évidemment la donne en matière de rupture de l’isolement – mais ce n’est pas une spécificité des écoles rurales, même si pour elles l’usage des TICE peut représenter un atout majeur.

La mise en place entre 1999 et 2002 des « réseaux d’écoles rurales et de collèges », conçus pour une part comme des relais à l’action des RPI décrits ci-dessus, a été encouragée par le ministère, Le texte de S. Royal sur « l’avenir du système éducatif en milieu rural isolé » (BO n° 48 du 24/12/99) insiste lourdement sur la nécessité de mettre en place ces réseaux (RRE, réseaux ruraux d’éducation), mais le dispositif a eu des difficultés à se généraliser. Les propositions contenues dans ce document n’apportent rien de fondamentalement nouveau. On peut constater une poursuite sur un rythme ralenti de la création des RPI (111 RPI concentrés et 21 RPI dispersés entre 1998 et 2002), et une mise en place très variable des RRE. Il en existait 321 en décembre 2002, répartis sur 44 départements. Les auteurs du rapport de l’Inspection Générale cité ci-dessus (Duhamel, Houchot, Moulin, Cuby, 2003) ont à ce propos le courage de noter : « il faut oser dire que le choix d’organisation en réseau n’a, au mieux, qu’une incidence indirecte sur les résultats scolaires ». Derrière ce langage fort diplomatique, il faut comprendre qu’aucune évaluation n’a permis à ce jour d’en mesurer d’éventuels effets positifs… Depuis, le Ministère ne semble pas avoir poursuivi ses efforts en la matière…

Tous ces systèmes, malgré leur diversité, ont un point commun : tous ont été conçus au départ comme des moyens de pallier l’isolement des petites structures rurales, considéré comme le mal suprême dont elles souffraient. Il y a derrière cette affirmation à la fois des présupposés pédagogiques et des préoccupations en matière d’aménagement du territoire. De nombreuses évaluations internes locales, par l’intermédiaire des Inspections Académiques, ont souligné l’intérêt et les limites de ces dispositifs, mais aucune véritable synthèse n’en a été faite, et l’impact général de ces dispositifs sur la réussite scolaire à moyen ou long terme reste encore à déterminer : les études menées par l’OET conduisent à penser qu’il est sans doute très faible…

YA

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